La Ciotat, Berceau du Cinéma

La famille Lumière: Des industriels puissants et inventifs

Arrivé à Lyon en 1870 avec femme et enfants pour y ouvrir un studio de photographie dans une baraque en bois, Antoine Lumière se retrouve vingt ans plus tard à la tête d’un petit empire industriel. Son génie est d’avoir toujours fait preuve d’intuition mais aussi d’avoir fait dispenser à ses deux fils Auguste et Louis une solide éducation scientifique et technique. C’est d’ailleurs une invention de Louis, alors âgé de 17 ans qui sera l’instrument de cette impressionnante ascension sociale: une plaque au gelatino-bromure qui permet de réaliser avec facilité des photographies instantanées. Ces plaques sèches, appelées -Étiquettes Bleues- sont d’abord fabriquées de manière artisanale. Mais très vite, Antoine Lumière prend le risque financier de passer au stade de la fabrication industrielle en créant une usine dans les faubourgs de Lyon, à Montplaisir. La fortune des Lumière est faite.

1893, La famille Lumière s’installe à La Ciotat pour les vacances
C’est à Paris, que Antoine Lumière rencontre Lazare Sellier, un ancien chef mécanicien des Messageries Maritimes qui l’invite à découvrir La Ciotat. Antoine, peintre à ses heures, découvre la ville et il en apprécie immédiatement la mer, la lumière, le climat, les gens. Il décide d’y acheter un domaine de 11 hectares en bord de mer au clos des plages, qu’il agrandira d’années en années. Passionné d’architecture, il y fait construire le palais de ses rêves dont il dessinera lui-même les plans. Le Château Lumière est inauguré en 1893 et devient la résidence d’été de toute la famille. Elle compte une quarantaine de pièces, des terrasses, des dépendances, un port privé, un domaine viticole… et un Grand Salon de réception.

1893, L’invention du cinéma est dans l’air
C’est l’époque où l’américain Thomas Edison vient de mettre au point le kinétoscope, une grande boite noire qui permettait à un spectateur unique de voir des petites images bouger. L’idée des images animées est dans l’air et beaucoup d’inventeurs y travaillent au même moment . Antoine Lumière récupère un morceau du film celluloïd transparent que vient d’inventer Edison. Il demande à ses fils de travailler sur un appareil qui permette de projeter des images sur un écran. L’entreprise lyonnaise offre les moyens nécessaires au développement de telles recherches et le calme de la résidence ciotadenne est propice à l’épanouissement et aux expérimentations des idées.

Le brevet du cinématographe est déposé le 13 février 1895
Depuis l’hiver 1894, les frères Lumière mettent au point leur propre appareil en s’appuyant sur les travaux de leurs concurrents. Le cinématographe Lumière est à la fois une caméra, un dispositif de tirage de films et un appareil de projection. L’idée de génie est d’avoir perforé la pellicule qui est entraînée par un système à griffes, inspiré du mécanisme des machines à coudre. Le tout ne pèse que cinq kilos. Les Lumière réalisent alors leurs premiers essais et ils tournent en même temps le premier film de l’Histoire du cinéma : Ce sera la Sortie des Usines Lumière à Lyon. Probablement le 19 mars 1895, les hommes se filment pour la première fois.

L’été 1895, La Ciotat est le cadre des premières expérimentations cinématographiquesDSCN8747[1]
Tout naturellement, de retour à La Ciotat pour la période estivale, Les Lumière tournent de nombreux films. Et Louis a l’idée d’aller poser son appareil sur un quai de la gare de La Ciotat pour filmer l’arrivée de sa famille dans la ville. C’est ainsi que : L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat – qui n’est pas au programme des premières séances publiques- devient le film le plus célèbre des débuts du cinéma et fait la renommée mondiale de la ville. De plus c’est dans le parc du Château Lumière que Louis et Auguste vont tourner de nombreux films à connotations familiales qui feront le tour du monde : le repas de bébé, l’arroseur arrosé, la baignade en mer… Ils filment aussi les pêcheurs, le marché, les ouvriers au travail dans les chantiers navals…

Dès 1896, les opérateurs Lumière partent filmer le monde
Très vite, le cinématographe connaît du succès à Paris, à Lyon, à Londres… Il faut tourner des images et réaliser de nouveaux films. Les Lumière engagent des opérateurs qui partent filmer au Mexique, au Japon, aux États-Unis… Ils enrichissent le catalogue des premiers films et font découvrir le cinématographe à travers le monde.

La toute première projection Grand Public, le 21 septembre 1895 à La Ciotat

La Ciotat peut se vanter d’avoir été le théâtre de la toute première projection « Grand Public » de l’histoire du cinéma. Elle a eu lieu le 21 septembre 1895 dans le luxueux Grand Salon du Palais Lumière. Depuis le dépôt de leur brevet en février 1895, les frères Lumière multiplient les démonstrations du cinématographe devant les sociétés savantes et les universités. On note la séance inaugurale le 22 Mars 1895 à Paris organisée à la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale en présence d’un certain Léon Gaumont… Mais c’est bien dans leur Palais ciotaden que Antoine et ses fils vont inviter 150 amis et connaissances pour assister à une première expérience de cinématographe le 21 septembre 1895.

La première séance publique payante, le 28 décembre 1895 au salon Indien à Paris
Suite à la première projection ciotadenne, les Lumière continuent de perfectionner leur appareil et d’en préparer son exploitation commerciale. Ils organisent la première séance publique payante à Paris dans le Salon Indien du Grand Café au 14 du boulevard des Capucines. L’enthousiasme des 33 spectateurs est délirant. Au programme, 10 films dont six sont tournés à La Ciotat parmi lesquels: la baignade en mer, le repas de bébé, l’arroseur arrosé… Curieusement, L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat, ne sera diffusé que plus tard.

Si le cinématographe a bien été inventé à Lyon, le cinéma est bien né à La Ciotat et la ville doit à la famille Lumière d’être le Véritable Berceau du Cinéma.
Et l’Eden-théatre ?DSCN8748[1]
Construit en 1889 par Alfred Seguin, l’Eden-théâtre est d’abord une salle de spectacles où on présente des pièces de théâtre, des concerts mais aussi des matchs de boxe ou de lutte grécoromaine! Seul le balcon à l’Italienne qui se poursuit par de longues coursives protégées par un garde-fou sculpté est pourvu de fauteuils. Au rez de chaussée, on installe des chaises pour les représentations. Elles sont rangées lorsque la salle est louée pour des meetings politiques, des mariages, des bals ou des fêtes populaires. Un an plus tard, les nouveaux propriétaires de la salle, Raoul et Adélaïde Gallaud étoffent la programmation. Et, fait important, ils se lient d’amitié avec Antoine Lumière. Des témoignages attestent alors de projections privées à l’Eden-théatre dès le 14 octobre 1895, mais ce jour-là, il semblerait que le cinématographe n’ait pas fonctionné et que l’image soit restée figée.

21 Mars 1899: La Première projection payante de cinématographe à l’Eden-théâtre
Officiellement, c’est le 21 Mars 1899 à 21 heures que s’est déroulée à l’Eden-théâtre la première séance de cinéma pour 250 spectateurs payants. Au programme s’inscrivaient Le lancement d’un navire à La Ciotat, Un voyage à travers les Alpes en chemin de fer, Une caravane aux Pyramides d’Égypte… Mais à cette époque, trop peu de films sont en circulation et la salle reste donc théâtre. Elle ne sera rebaptisée Eden-théâtre-Cinéma qu’à l’automne 1907. Acteur et proche de la famille Lumière , Félicien Trewey prend ensuite la direction artistique de la salle. Il y installe à demeure un cinématographe et organise des projections hebdomadaires.Le 1er décembre 1907 la salle est équipée d’un éclairage électrique et les séances se multiplient. On y découvre les premiers documentaires Pathé, les films Méliès dont Le Voyage sur la Lune, le 25 juillet 1908 puis très vite tous les premiers succès du 7e art naissant qui alterneront encore pendant quelques années avec des spectacles de music-hall.

L’Eden-théâtre, Doyenne mondiale des salles de cinéma
Dès la naissance du cinéma, des dizaines de salles ouvrent leurs portes à Paris, à Lyon mais aussi à Londres, à Berlin ou à New York… Mais toutes les pionnières ont depuis longtemps disparu. Même le Salon Indien du Grand Café de Paris , lieu de la première projection payante a été démoli avant l’exposition universelle de 1900. L ‘Eden a résisté. Restauré dans le cadre de Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture en 2013, la salle fonctionne et brille à nouveau de tous ses feux !

Sources: L’Eden des Lumière- La Ciotat et le Cinématographe Jacques Rittaud-Hutinet, Michel
Cornille Editeur: Les Lumière de l’Eden
Archives municipales : Ville de La Ciotat
Institut Lumière – Lyon